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Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

Actualité, Débat, Reconstruction Politique, Philosophie, Ethnologie, Economie, Handicap et Divers c'est le programme que vous aborderez chaque jour en suivant le blog ! Je suis à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin" et participe à la rédaction de Rebelle[s], magazine bimestriel national. Je souhaite faire de ce blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions politiques, ainsi que publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Une façon de reprendre notre destin en main pour un auteur idéaliste qui voit le monde se plaire dans le désenchantement du monde.


Transmission entre générations

Publié par De Bona Stéphane sur 28 Décembre 2014, 12:47pm

Catégories : #Philosophie

Transmission entre générations

Hannah Arendt : Interview à New-York

Le problème de la transmission reste un questionnement profond pour notre société. Qu'allons-nous transmettre à nos jeunes ? Faisons-nous parti des civilisations éphémères ou laisserons-nous une trace indélébile dans les siècles à venir ? Ces deux questions sont pour l'instant sans réponse. Notre continent européen a été tellement divisé au siècle dernier, par deux systèmes, un disparu ; le communisme et l'autre à bout de course ; le capitalisme, que les générations futures auront sans doute à recréer une unité historique pour que nous ne sombrions pas dans l'oubli.

 

Les liens culturels

 

Que devons-nous transmettre ? Nous pouvons partir de deux constats différents : celui de René Char qui dit que nous ne « nous sommes précédés d'aucun testament »ou celui d'Hannah Arendt qui affirme que « le fil de la tradition est rompu », mais à première vue aucune de ces deux maximes ne répondent à notre question et elles paraissent même contradictoires, pourtant une fois expliquée elles peuvent nous aider à élaborer une synthèse acceptable. La maxime de René char, nous permet de nous sentir libre de nos actes et d'envisager de transformer un monde utopique en une réalité. De son côté celle d'Hannah Arendt, nous rappelle qu'il est dangereux de ne pas connaître son histoire, car l'homme est sujet à des passions ou des pulsions de mort dévastatrice. La mémoire et la transmission culturelle agisse comme des garde-fous. Dans « la crise de la culture » dont je ne donnerai un extrait plus loin, Arendt démontre qu'une tragédie comme la Shoah aurait plus être évitée si nous n'avions pas rompu avec la tradition humaniste de la Grèce antique. Elle explique également qu'il est nécessaire à chacun de connaître son histoire pour savoir mieux s'en détacher et créer. En résumé, nous avons de liens culturels pour ne pas tomber dans une déconstruction morbide, mais nous devons pratiquer l'époké (c'est-à-dire une mise entre parenthèses de notre temps) pour mieux inventer l'avenir. Il en va autrement du patrimoine économique et familial.

 

Biographie succincte d'Hannah Arendt

 

Hannah Arendt (1906-1975) est né à Hanovre, elle suivit à 19 ans les cours Martin Heidegger et soutint sa thèse sur Augustin sous la direction de Jaspers. L'arrivée au pouvoir d'Hitler la réveille de son « sommeil romantique » : elle quitte l'Allemagne en 1933, puis rejoint les États-Unis en 1940. Elle obtint la nationalité américaine en 1951, année de la publication des « Origines du totalitarisme ». Elle commence alors à enseigner dans les universités les plus prestigieuses comme Princeton ou Berkeley. Elle meurt en 1975 après avoir été reconnue tardivement comme l'un des penseurs majeurs du phénomène totalitaire.

 

Présentation de l'ouvrage

 

La crise de la culture regroupe huit essais considérés par Hannah Arendt comme autant d'« exercices de pensée politique » visant à « découvrir les origines réelles des concepts traditionnels afin d'en extraire à nouveau l'esprit originel ». Les grands thèmes abordés par l'auteur sont la tradition philosophique, le concept d'histoire, la liberté, la vérité et l'opinion, l'éducation et la culture.

L'un des essais intitulé « la crise de l'éducation » montre à quel point l'accueil des nouveaux venus dans un monde ancien est chose complexe et difficile. Le problème de l'éducation est en effet double : il s'agit d'adapter des individus à un monde qui existe déjà et qui a été modelé par leurs pères mais aussi de les préparer à un avenir dont ils seront eux-mêmes les acteurs. Hannah Arendt s'interroge ici sur le sens et la destination d'une éducation révolutionnaire et en conclut que le rôle de l'éducation n'est pas tant d'inspirer le changement que de donner les moyens à ceux que l'on éduque de comprendre le monde dans lequel ils vivent. C'est en cela qu'elle parle de conservatisme comme essence de l'éducation.  

 

Extrait de « la crise de la culture »

 

« Évitons tout malentendu : il me semble que le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation, qui a toujours pour tâche d'entourer et de protéger quelque chose -- l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant, le nouveau contre l'ancien, l'ancien contre le nouveau. Même la vaste responsabilité du monde qui est d'assumer ici implique bien sûr une attitude conservatrice. Mais cela ne vaut que dans le domaine de l'éducation, ou plus exactement dans celui des relations entre enfant et adulte, et non dans celui de la politique où tout se passe entre adultes et égaux. En politique, cette attitude conservatrice -- qui accepte le monde tel qu'il est et le lutte que pour préserver le statu quo -- ne peut mener qu'à la destruction, car le monde, dans ses grandes lignes comme dans ses moindres détails, serait irrévocablement livré à l'action destructrice du temps sans l'intervention d'êtres humains décidés à modifier le cours des choses et à créer du neuf. Les mots d'Hamlet : « Le temps est hors des gonds. Oh sort maudit que ce sois moi qui aie à le rétablir », sont plus ou moins vrai pour chaque génération, bien que depuis le début de notre siècle, ils aient acquis une plus grande valeur persuasive qu'avant.

Au fond on n'éduque jamais que pour un monde déjà hors de ses gonds ou sur le point d'en sortir, car c'est le propre de la condition humaine que le monde soit créé par des mortels afin de leur servir de demeure pour un temps limité. Parce que ce monde est fait pour des mortels, il s'use ; et parce que ses habitants changent continuellement, il court le risque de devenir mortel comme eux. Pour préserver le monde de la mortalité de ses créateurs et de ses habitants, il faut constamment le remettre en place. Le problème est tout simplement d'éduquer une façon telle qu'une remise en place demeure effectivement possible, même si elle ne peut jamais être définitivement assurée. Notre espoir réside toujours dans l'élément de nouveauté peut chaque génération apporte avec elle ; mais si précisément parce que nous ne pouvons placer notre espoir qu'en lui que nous détruisons tout si nous essayons de canaliser cet élément nouveau pour que nous, les anciens, puissions décider de ce qui sera. C'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ; elle doit protéger de cette nouveauté et l'introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux qui, si révolutionnaire que puisse être ses actes, est, du point de vue de la génération suivante, suranné et proche de la ruine ».

 

Hannah Arendt

Traduction essais Gallimard, 1989.

 

Le patrimoine économique et familial

 

Faut-il léguer le patrimoine économique et familial ? On peut se le demander, dans la mesure où l'on sait qu'en matière économique, la première génération construit l'entreprise, la seconde la développe et la troisième la démantèle. L'héritage doit être, à mon avis, limité car ce mode de succession ne développe pas la créativité des individus une fois l'éducation terminée. On peut d'ailleurs se rendre compte que les grandes civilisations ont disparu lorsqu'elles n'avaient plus de chef sur leur garde par la succession du droit d'ainesse. En ce sens, la république est une garantie de vitalité pour une nation et un peuple.

La réforme des droits de succession appliquée par notre ex-président, Nicolas Sarkozy, ne va-t-elle pas à l'encontre de ses objectifs ? Une fois encore, on peut remarquer que l'addition du paquet fiscal et de la réforme des droits de succession n'ont pas été réfléchis pour le long terme, mais simplement pour des intérêts personnels et purement électoraux.

Fin Interview à New-York

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