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Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

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Actualité, Débat, Reconstruction Politique, Philosophie, Ethnologie, Economie, Handicap et Divers c'est le programme que vous aborderez chaque jour en suivant le blog ! Je suis à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin" et participe à la rédaction de Rebelle[s], magazine bimestriel national. Je souhaite faire de ce blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions politiques, ainsi que publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Une façon de reprendre notre destin en main pour un auteur idéaliste qui voit le monde se plaire dans le désenchantement du monde.


Critique d'ouvrage : Les origines de la philosophie analytique

Publié par De Bona Stéphane sur 19 Février 2015, 21:49pm

Catégories : #Philosophie

Portrait : Michael Dummett

Portrait : Michael Dummett

 

Titre : Les origines de la philosophie analytique

Auteur : Michael DUMMETT

Editeur : Editions Gallimard, 1991

                Nrf essais

 

 Critique d'ouvrage

 

En bon critique, je vais essayer de décrire le profond sentiment de dégoût que m'a apporté ce livre : « Les origines de la philosophie analytique ». N'étant pas passionné par ce type de philosophie qui, pour moi, n'en est pas une, je pensais qu'avec un peu d'effort et de persévérance, je trouverai un soudain intérêt pour ce type de mécanisme philosophique. Le titre de cet ouvrage me semblait plutôt prometteur. En  historien et politologue de la philosophie que je rêve d'être, je désirai remonter à la source de cette pensée en espérant qu'elle ne soit pas tarie.   

 

 

Dés l'introduction de cet ouvrage, l'auteur dément la prétention de vouloir faire un corpus historique de la philosophie analytique. En effet, cet essai est né d'un cycle de conférences ne portant pas sur les deux philosophes anglo-saxons RUSSELL et MOORE qui ont donné naissance à la discipline, mais à des philosophes de langue allemande comme WITTGENSTEIN, HUSSERL et FREGE ou encore l'italien BRENTANO. Et enfin, autre déconvenue, je pensais découvrir les apports conséquents que cette discipline a apporté à la philosophie classique et moderne ; faute de quoi, je me suis aperçu que celle-ci ne pouvait avoir pour seul intérêt que d'aider les linguistes et les logisticiens, pas forcément philosophes.

 

 Pour DUMMETT, la philosophie analytique ne se borne pas à élaborer une philosophie du langage ou une philosophie linguistique. FREGE part du principe que ce système de réflexion est une science du langage qui conduit à une explication globale de la pensée, ce qui revient à dire que, comme CARNAP dans «  Manifeste du Cercle de Vienne et autres essais » de SOULEZ : «  La philosophie analytique est le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage. ». Comme DUMETT le souligne : le sens est quelque chose qui entretient un rapport étroit avec la vérité et la vérité est, par définition, une manifestation de ce qui est. DUMMETT revient également sur l'apport essentiel de BRENTANO, c'est-à-dire que le sens est toujours donné par une intentionnalité.

 

La philosophie analytique a pu naître grâce au tournant linguistique opéré par FREGE qui cherche à établir un rapport entre la signification et la vérité. Il cherche à montrer que les mots peuvent avoir un sens sans référence : la référence varie selon les individus. Cette discipline repose sur une analyse conceptuelle du langage. Elle tend à expliquer, par des fondements logico-mathématiques, l'agencement des mots pour arriver à des concepts. Les mots ne seraient que le vêtement qui cache le concept. FREGE veut arriver à un fondement arithmétique de la pensée : il y aurait une logique linguistique comme il existe une logique mathématique. FREGE distingue deux choses : le sens (Sinn) et la référence (Bedeutung) et il définit le sens comme mode de donation du référent. L'idée principale de FREGE est donc que le rapport entre un terme et son ou ses référents (exemples : objets, sujets, gestes, etc…)   est toujours communiqué par un sens. Néanmoins, ce qui est essentiel, c'est la référence car une différence de sens n'entraîne jamais à elle seule une différence de valeur de vérité.

 

La philosophie analytique se rapporte à un signifiant servant à désigner un signifié. Celle-ci nous amène à nous créer une photopensée qui peut varier suivant les individus : saisir la pensée de la couleur rouge peut varier selon les êtres humains. De ce fait, même un daltonien, qui n'a pas la même perception des couleurs que l'ensemble des autres êrsonnes, a une perception du rouge qui lui est propre. La philosophie analytique aurait donc pour but d'établir un codage universel afin de créer une langue commune comme le souhaitait le logicien RUSSELL. Si le langage est un codage logique, la pensée est extérieure à notre conscience, et l'idée que nos actes sont extirpés de notre conscience, formant un noème (objet intentionnel qui n'est pas, à proprement parlé, une chose ou un aspect d'une chose), fait se rejoindre la philosophie analytique et la phénoménologie. Le corollaire qui est déduit de cette théorie fait de la sémantique l'objet qui neutralise la pensée du sujet.

 

La phénoménologie et la philosophie analytique ne partent pourtant pas du même point, mais elles arrivent au même résultat. En ce sens, la philosophie analytique aurait donc contribué à être un des points d'ancrage de l'élaboration de la pensée phénoménologique. Pour former une pensée, il ne faut pas seulement maîtriser le langage, mais aussi le sens des mots. Il faut exploiter certaines informations que nous possédons sur nous-mêmes et notre environnement et dont nous sommes immédiatement conscients. Par conséquent, cette orientation de recherche ne peut pas être une philosophie à elle seule.

 

Dans le « Tractatus logico-philosophicus », WITTGENSTEIN considère que le philosophe, comme nous l'avons vu en cours, est un malade du langage. Il va donc tenter de guérir la philosophie de cette maladie. Pour ce faire, il admet qu'il existe une organisation logique du monde et une structure formelle du langage (les structures élémentaires du langage). Les structures complexes sont formées par un agencement logique des mots. Cette construction forme le cadre, à priori, d'une connaissance scientifique du codage du langage.

 

 L'ouvrage se termine par un entretien entre Joachim SCHULTE et DUMMETT qui s'est tenu à Oxford en 1987. SCHULTE veut faire revenir DUMMETT sur ses études universitaires à Oxford. Il l'interroge également sur ce qui l'a amené à étudier la philosophie analytique et à se passionner pour FREGE d'autant plus que celui-ci, à cette époque, n'était pas traduit en anglais. Ces écrits pouvaient être obscurs  pour DUMMETT qui n'avait étudié l'allemand qu'au lycée. C'est par le travail qu'il a pu éclaircir la pensée de l'auteur et en faire la prolongation. Il pose le problème de la forme d'une théorie de la signification qu'il va vouloir résoudre tout au long de plusieurs ouvrages suivants. Enfin, lors des dernières questions, SCHULTE revient sur l'engagement politique de DUMMETT contre le racisme et lui demande si elles ont un lien avec ses idées philosophiques. DUMMETT répond vaguement et met surtout en avant que c'est le temps laissé aux universitaires qui est propice à la réflexion. Enfin, il l'interpelle sur ses ambitions pour ses futurs ouvrages (l'écriture d'une pensée politique et éthique est-elle d'actualité pour l'écriture d'un prochain ouvrage ?).

 

Le courant appelé néofrégien oriente la philosophie analytique vers un type de démarche assez proche, par certains cotés, de la phénoménologie, mais à la fois débarrassée de sa rhétorique et enrichie des ressources de l'analyse logique de la pensée (Christopher Peacocke[1]).    

 

La philosophie analytique a été une ouverture vers la psychologie cognitive, mais elle reste un vestige qui fait qualifier la philosophie de dinosaure. Cette discipline a été inspirée par les mathématiques dont on a voulu appliquer les méthodes au langage. Mais, pour faire penser que la philosophie est encore une matière novatrice, celle-ci, plutôt que de s'appliquer des méthodes scientifiques, devrait plutôt s'employer à les décortiquer afin de leurs donner un sens pour pouvoir enfin construire un projet de société bénéfique à tous et à notre environnement. C'est par son caractère moral et éthique que la philosophie pourra renaître de ses cendres, tel le phénix.     

 

[1] « Being Known », Oxford, Oxford University Press,  1999

 

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