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Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

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Actualité, Débat, Reconstruction Politique, Philosophie, Ethnologie, Economie, Handicap et Divers c'est le programme que vous aborderez chaque jour en suivant le blog ! Je suis à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin" et participe à la rédaction de Rebelle[s], magazine bimestriel national. Je souhaite faire de ce blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions politiques, ainsi que publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Une façon de reprendre notre destin en main pour un auteur idéaliste qui voit le monde se plaire dans le désenchantement du monde.


Kant : La religion dans les limites de la raison (partie 3)

Publié par De Bona Stéphane sur 24 Février 2015, 22:18pm

Catégories : #Philosophie

Kant : La religion dans les limites de la raison (partie 3)

 La religion dans les limites de la simple raison, Kant, 3e partie, 1ère section

 

Triomphe du bon principe sur le mauvais : établissement d'un royaume de Dieu sur terre. 

 

  Présentation : ce chapitre traite essentiellement de "l'ecclésiologie"  kantienne

 

- première section : doctrine de l'église

- deuxième section : approche historique

 

D'après Bruch (La philosophie religieuse de Kant, Paris 1967), la deuxième et la troisième partie de la religion représentent les deux étapes successives du processus de la conversion. Dans la deuxième partie, conformément à presque tout le passé de sa philosophie morale, Kant se place selon le point de vue de l'individu, alors que dans la troisième lacommunauté devient le sujet du redressement et du progrès moral.

 

Kant rappelle en une analyse anthropologique les obstacles auxquels l'individu se heurte du fait de la société lorsqu'il a entrepris de se libérer du mal. Tout en se dégageant de l'asservissement au péché, celui-ci demeure toujours exposé aux assauts du mauvais principe. Or les causes de cette situation sont d'ordre essentiellement social : les relations des hommes entre eux sont naturellement corruptrices ; les passions mauvaises ne s'éveillent chez l'individu que lorsqu'il se trouve au milieu de ses semblables. ( État de nature selon T. Hobbes : “L'homme est un loup pour l'homme” ) Ainsi, si la société est corruptrice dans son état de nature, c'est elle qui doit être à son tour convertie pour devenir le garant de la conversion individuelle.

 

N.B : on arrive ainsi à l'articulation de la problématique sur la victoire du bon principe : pour que le bon principe triomphe, il faut une communauté éthique.

 

Comment Kant conçoit-il cette communauté?

 

I  État de nature éthique

 

La société ou communauté éthique se définit comme “un univers entre les hommes régi par de simples lois de vertus” et peut se construire comme une société civile dans la mesure où ses lois sont d'ordre public. Comme tout état social, la communauté éthique doit être opposée à un état de nature, mais elle se différencie en même temps de l'état juridico-civil ( politique ) qui est régi par des lois de contrainte. Ces deux états : état juridico-civil et état éthico-civil se distinguent l'un de l'autre par leur rapport à la contrainte, c'est à dire qu'ils s'opposent dans leur forme, mais leur fond est à tous deux éthique.  

 

Toutefois le domaine éthique se rapporte à des lois publiques, c'est à dire choisies par tous de manière volontaire : ainsi l'état d'éthique se qualifie d'après Kant comme un “idéal de totalité”. L'état éthico-civil se constitue non par l'effort de particuliers en vue de réaliser leur propre perfection morale, mais par l'union des individus  comme une totalité en vue d'un même but. L'homme doit donc nécessairement être régi par des lois où la raison doit primer sur les convictions ( “l'avancement du bien suprême en tant que bien commun” ). Cet état éthico-civil représente une société idéale. Toutefois ce principe de bien suprême est-il uniquement le produit de l'homme? L'homme n'a-t-il pas besoin d'être soumis à un être moral supérieur pour l'orienter?

 

II  Le concept d'une communauté éthique : celui d'un peuple de Dieu régi par des lois morales

 

L'idée d'un être moral supérieur doit être présupposée pour former une communauté éthique et une totalité morale en associant les forces des individus. Seul Dieu, souverain moral de l'univers, peut instaurer et régir une telle communauté qui devient ainsi un peuple de Dieu. Cette communauté éthique ne peut se réaliser que sous forme d'une Église.

 

Kant qualifie cette Église d'invisible car elle n'est pas l'objet d'une expérience possible mais “la simple idée de l'union de tous les honnêtes gens sous le gouvernement divin universel, immédiat et moral”. ( Religion : p. 136 ) Elle sert d'archétype à l'église visible, permettant de la juger et d'en discerner les formes légitimes ou aberrantes. L'Église invisible est la “véritable Église” ( elle est fondée d'hommes convertis qui adoptent la loi morale, ainsi Kant ne remanie pas son concept initial d'autonomie de la volonté ). Église véritable se constitue , d'après Kant, selon quatre principes ( se rapportant  aux catégories kantiennes ) :

 

                                - l'universalité (quantité)

                                - la pureté (qualité )

                                - la subordination des rapports aux principes de la liberté (relation)

                                - l'invariabilité de sa constitution (modalité)

 

 La constitution de toute église est toujours fondée sur quelques croyances historiques ( révélées ) que l'on appelle foi de Église et à laquelle de Saintes Écritures fournissent la base la meilleure. Ainsi Kant s'attache à distinguer la pure foi religieuse et la croyance historique, la première étant le principe même de l'universalité de Église Le but de l'homme est plus de satisfaire Dieu que de valoriser la moralité de ses actions. Mais ce qui reste obscur à l'homme, c'est qu'il est sans cesse au service de Dieu ; car sans le savoir, lorsqu'il rend service à autrui ou même quand il accomplit ses propres devoirs, c'est pour Dieu qu'il effectue ses tâches. “On distingue le devoir en tant qu'il est aussi commandement céleste [...], ainsi se forme le concept d'une religion cultuelle, à la place d'une religion purement morale” ( Religion : p. 186 ).

 

Toutefois, le vrai culte est le culte moral : puisque Dieu n'est que le garant de la moralité, le seul moyen de le servir consiste à bien agir en se soumettant à la loi morale. De ce point de vue, le “vrai culte” n'implique aucune pratique extérieure ( fréquentation des églises, sacrements, ... ) qui, pour Kant, n'ont de valeur que symbolique.

 

N. B : on constate ainsi la conception très étroite de Kant du culte religieux, qui est par ailleurs une des caractéristiques  du XVIIIe siècle.

 

Kant entame une différenciation entre religion ( vraie ) et croyance, toutes deux en rapport avec la “foi révélée”. La première désigne la foi traditionnelle qui trouve son origine dans la liberté des hommes et qui est universelle, car elle ne contient que des lois , c'est à dire qu'elle repose sur  la conscience du devoir. A l'inverse, une croyance est toujours particulière, inscrite dans l'histoire et reposant sur des dogmes particuliers.

 

Pour Kant, la croyance en Église a pour suprême interprétation la  pure foi religieuse. Mais pour être persuadé de l'universalité de notre religion, nous avons besoin de vérifier concrètement la véracité de celle-ci : “[ ... ] il faut néanmoins, à cause du besoin naturel à tous les hommes de réclamer toujours pour les concepts et les principes suprêmes de la raison quelque appui pour les sens, quelque confirmation par l'expérience ou autre chose de ce genre [ ... ] ( Religion : p. 196 )

 

L'expérience est donc un appui à la pure foi religieuse. Mais comment concilier les deux? Par la révélation, qui allie le côté théorique ( Dieu ) et le côté pratique ( historique ). Église fondée sur les Saintes Écritures recherche l'action commise moralement par l'homme. L'Ecriture est qualifiée par Kant comme “ l'instrument le plus digne et maintenant le seul dans la partie du monde la plus éclairée, pour unir tous les hommes en une Église [ ... ] ( Religion : p. 196 ).

 

Mais quelle est la véritable interprète de l'Écriture? Kant y répond : c'est la religion de la raison. Ainsi la foi historique peut être un appui à la croyance, mais ne peut en aucun cas suffire à la pure foi qui nécessite la raison. Il y a donc une primauté de la véritable Église sur la foi historique car nous ne pouvons rien accepter qui ne soit examiné par la raison.   

 

Toutefois, “une croyance historique ( ou, par exemple, le dogme de la rémission des péchés précède la conversion ) doit-elle d'une façon constante s'ajouter à la pure foi religieuse [ ... ] ou n'est-elle qu'un simple fil conducteur qui peut se supprimer en pure foi religieuse? “  ( p. 201-202 )

 

N.B : comment Kant va-t-il résoudre cette antinomie de la raison humaine avec elle-même, qui naît entre l'opposition de la foi morale et de la foi historique?

 

Kant parle aussi de foi sanctifiante : purement morale dans le sens où elle repose sur la conscience de chaque homme à être agréable à Dieu, et pratique, dans le sens où elle ne laisse pas l'homme dans la passivité; l'homme doit agir et appliquer les lois de son propre chef. Cette foi sanctifiante se définit comme la “foi de tout individu qui contient en elle-même la disposition ( dignité ) morale à la félicité éternelle”. ( Religion : p. 200 )

 

“ C'est donc une conséquence nécessaire de notre disposition physique et en même temps de notre disposition morale qui est le fondement et aussi l'interprète de toute religion, que cette dernière soit enfin dégagée peu à peu de tous les principes de détermination empirique, de tous les statuts qui s'appuie sur l'histoire et qui, au moyen d'une foi Église unissent provisoirement les hommes pour l'avancement du bien et qu'ainsi règne finalement la pure religion de la raison” afin que Dieu soit tout dans tout”.

 

Kant affirme la suprématie de la raison qui doit être l'agent nécessaire à toute religion. Toutefois, il nous met en garde contre la “distance infinie” qui nous sépare de la religion universelle de la raison qu'il qualifie de perfection.  

 

Elisabeth Nicolas et Stéphane De Bona

 

Une brève histoire de l'éthique par Luc Ferry

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