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Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

Actualité, Débat, Reconstruction Politique, Philosophie, Ethnologie, Economie, Handicap et Divers c'est le programme que vous aborderez chaque jour en suivant le blog ! Je suis à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin" et participe à la rédaction de Rebelle[s], magazine bimestriel national. Je souhaite faire de ce blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions politiques, ainsi que publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Une façon de reprendre notre destin en main pour un auteur idéaliste qui voit le monde se plaire dans le désenchantement du monde.


La religion dans les limites de la simple raison (partie 4)

Publié par De Bona Stéphane sur 25 Février 2015, 20:26pm

Catégories : #Philosophie

La religion dans les limites de la simple raison (partie 4)

Auteur : Kant

 

 Introduction

 

La philosophie de Kant propose une nouvelle architecture métaphysique, théologique, épistémologique et morale fondée sur la liberté humaine. Véritable «révolution copernicienne» de la pensée, son œuvre immense parcourt aussi bien l'astronomie et la physique que le droit. Dans cette quatrième partie de la religion dans les limites de la simple raison , Kant décrit l'objet de la religion proprement dit. Il instaure l'idée d'une philosophie de la religion basée sur la raison et  la révélation. Ce texte n'est pas un écrit métaphysique recherchant à prouver l'existence de Dieu, mais plutôt un petit traité de la vie religieuse. Après avoir disserté sur les différents aspects de la nature humaine, pouvant conduire l'homme au triomphe du souverain bien comme au mal radical dans les trois premières parties de cet ouvrage, Kant établit les règles qui permettent à l'humanité de se forger une éthique des pratiques religieuses.

 

Le vrai et  le faux culte

 

La religion naturelle

 

Le projet d'édifier une religion naturelle a très fortement marqué le siècle des lumières qui entendait opposer à la superstition religieuse  ( sentiment religieux qui confère à certaines pratiques, un pouvoir qu'elles n'ont pas ) une religion accessible à la raison commune, et donc universelle. Il ne s'agit pas nécessairement d'une religion extérieure ( au sens où celle-ci livrerait une image fidèle de Dieu ), mais d'une religion naturelle à l'homme qu'il trouve, en quelque sorte inscrite dans son cœur avant toute révélation historique. L'originalité de Kant consiste à affirmer qu'une religion particulière ( le christianisme ) peut être considérée comme naturelle au sens où elle s'accorde aux exigences morales de la raison.  

 

La religion naturelle est accessible à la raison et donc, universelle. Elle peut, alors, être commune à l'humanité. Ainsi, la religion doit amener la communauté des hommes à la formation d'une éthique. Les hommes , pour résister au mauvais principe ( le mal radical ) doivent s'unir en créant une église visible dans la cité, fondée sur des lois morales. Cette église représente le royaume de Dieu sur terre et relie son message. Cette tâche ne peut pas être accomplie par Dieu lui-même, mais par la seule volonté des hommes ( car Dieu a doté les hommes du libre arbitre, ce qui leur impose de faire des choix ). Cependant, l'homme doit reconnaître le vrai culte du faux culte. En effet, la religion est dictée par la raison, à l'être humain. Celui-ci doit avoir conscience que son intention est juste et agréable à Dieu, que la divinité est quelque chose de sublime et non quelque chose qui inspire simplement la crainte. Pour Kant, la religion n'est pas également synonyme d'espérance ou d'espoir. Tout acte ne doit pas être fait dans le but de faire plaisir à Dieu ou de respecter un culte établi ( statutaire ), mais doit avoir comme seul but de répondre aux commandements divins dans un souci  moral sans attendre de récompenses de l'au-delà. Une religion morale n'est pas faite d'observances et de dogmes, elle consiste à répondre par le cœur aux commandements divins.

 

Le faux culte et ses avatars

 

Le faux culte, lui, est caractérisé par des obligations ecclésiales ne répondant pas aux exigences de la raison et il est exercé par des fonctionnaires se réclamant de Dieu et ses adeptes attendent de Dieu de faire d‘eux des hommes meilleurs sans qu‘ils aient eux-mêmes à faire quelque chose de plus que de prier. La prière, pensée comme culte intérieur formel et pour cette raison comme moyen de grâce ( la grâce désigne le mode d'intervention propre à Dieu dans les affaires humaines. D'un point de vue moral, le seul intéresse Kant, elle est une sorte de complément divin à l'imperfection et déficiences de la volonté des hommes), n'est qu'une chimère superstitieuse ( une façon de faire fétichiste ), car elle est  simplement un souhait proclamé à l'adresse de Dieu. En ce sens, la prière pure n'est qu'un souhait  proclamé devant un être qui sonde les cœurs. Attribuer à la prière d'autres suites que naturelles est stupide et ne nécessite aucune réfutation détaillée. Il y a même de l' “hypocrisie” dans la prière, car l'homme s'y représente la divinité comme quelque chose de perceptible par les sens, là où il n'y a qu'un principe que la raison nous contraint d'admettre. Le projet de Kant est de montrer que sur des conceptions fausses de la nature de Dieu se greffent nécessairement des pratiques immorales.

 

Celles-ci prennent le nom générique de “faux culte” par lequel il faut entendre une prétendue adoration de Dieu par laquelle on agit en réalité à l'encontre du vrai culte qu'Il exige Lui-même.  On sait que le vrai culte de Dieu est le culte moral par lequel on tente de purifier son intention. Ce culte est  destiné se “rendre agréable Dieu, c'est-à-dire à rendre sa conduite adéquate à l'exigence morale symbolisée par Dieu. Mais il y a dans la notion même de “culte” à une équivoque que l'analyse kantienne vise à exorciser. Culte provient en effet du terme latin cultus qui signifie la “culture”  au sens où, par exemple, on cultive un champ dans l'espoir de le voir fructifier.  Pris dans cette acception originaire, le culte religieux ne serait rien d'autre qu'un travail technique par lequel on se rendrait en quelque sorte mécaniquement agréable à Dieu. Or c'est là précisément la définition donnée par Kant du “faux culte” qui ne consiste qu'en une série de moyens formels destinés à nous attirer la grâce divine. Au sens strict, le faux culte rate sa cible puisqu'il prétend s'adresser à Dieu tout en niant l'exigence qu'il symbolise.  Plus précisément, le faux culte est un culte extérieur qui ne consiste qu'en une série de rituels désuets et inefficaces alors que le culte moral doit être intérieur puisqu'il ne concerne que le sujet qui choisit, dans sa conscience, le bien contre le mal. Pour Kant, le faux culte se réduit à la “maxime de conférer une  valeur en soi au moyen à la place de la fin”. La fin est l'action morale; mais celle-ci se voit subordonnée aux moyens qui devraient permettre de l'atteindre (l'ensemble des pratiques religieuses : prière, fréquentation de l'église, etc.). Il faut remarquer que le faux culte reprend, au niveau de la communauté, la structure par laquelle Kant définissait le mal radical. Ce dernier désignait la maxime (l'intention) de substituer nos désirs égoïstes à la loi morale et de choisir plutôt ce que demande la sensibilité que ce qu'exige la raison. Le faux culte réside dans la même perversion qui nous fait privilégier les moyens sensibles au détriment de la fin morale. Un exemple permettra d'éclairer ce point. Kant est un adversaire résolu de “la prétendue sainteté de l'état monacal” : selon lui, les moines prétendent servir Dieu en renonçant à agir dans le siècle, alors même que le vrai culte consiste  dans l'action morale. En renonçant au sensible, les moi,es ne comprennent pas qu'ils renoncent aussi à la justice de ce monde : symboles de la “belle âme”, ils prétendent à la sainteté sans se soucier de la vertu. On comprend par là qu'il ne suffit pas de brimer sa sensibilité et de s'imposer sans trêve des sacrifices corporels pour échapper au mal radical car le mal n'est pas la sensibilité, mais le choix de nos désirs contre la loi morale. C'est donc seulement en acceptant d'agir et non en se retirant du monde que l'on a une chance de se libérer du péché et de devenir agréable à Dieu. La finalité du culte est par conséquent toujours la même : satisfaire Dieu. Mais seule l'action vertueuse permet d'atteindre ce but qui se trouve perverti par les moyens utilisés par le faux culte.

 

La religion chrétienne, comme vrai religion naturelle et religion révélée

 

Pour Kant, la religion chrétienne a la particularité d'être une religion naturelle, c'est à dire dictée par la raison puisque celle-ci oblige l'être humain qui a choisi soit par conversion, soit par choix moral de suivre les enseignements de son maître : le Christ. A son commencement la religion chrétienne n'est pas un culte statutaire répondant à des impératifs purement obligatoires et menant ses responsables à l'obtention d'un pouvoir, mais elle est une religion visible où ses fidèles sont de simples serviteurs de l'être suprême, c'est à dire Dieu. De plus, c'est une religion révélée du fait de l'incarnation du Christ ( Dieu fait homme sur la terre ) qui montre à l'homme le besoin de suivre les commandements de Dieu ( les lois morales ). La religion chrétienne est transcrite dans un livre sacré : la bible qui est le témoignage de la vérité ( Dieu ). La révélation est donc l'acte par lequel Dieu a choisi de se manifester au monde et aux hommes. L'histoire de la philosophie est traversée entre vérité révélée et vérité de raison. Les premières provenant d'une source étrangère de la pensée, alors que les secondes peuvent être découvertes indépendamment de toute manifestation historique et contingente de la parole divine.

 

Le problème que pose la révélation est que le Christ fait homme détiendrait des principes hautement moraux qui tendraient à la perfection sans se fier à la seule raison. Mais Kant précise en premier lieu que nous ne pouvons rien savoir de la possibilité de la révélation, mais nous ne pouvons pas dire qu'elle est impossible. Elle doit donc demeurer inexplicable. Kant refuse l'idée que la religion chrétienne aurait pu inventer un sens propre, car seule la raison est pour lui capable d'un tel prodige. Elle peut bien avoir précéder le moment où l'histoire de la raison a découvert le contenu de la moralité. Il faut donc concevoir la révélation comme une sorte d'annonce de la raison elle-même, un supplément qui permet de remédier aux déficiences de l'homme.

 

Conclusion

 

La religion chrétienne a pour spécificité d'être une religion naturelle puisqu'elle est une religion morale conduite par la raison et une religion savante révélée puisque son contenu est dicté dans un livre sacré : la bible. Elle reste également une religion naturelle puisqu'on doit faire la distinction entre la foi religieuse pure et la foi statutaire. L'interprétation de la révélation dans les écritures saintes doit se faire conformément à la loi religieuse dans le sens de la loi morale. L'élément historique qui ne contribue en rien à l'amélioration de l'homme est quelque chose d'en-soi tout à fait indifférent dont on peut faire ce qu'on veut; la foi historique est en elle-même dénuée de valeur morale. La religion rationnelle pure est l'Esprit de Dieu qui nous guide en toute vérité.

 

Tout commentaire des écritures doit nous guider pour renouer avec cet esprit. Enfin, l'homme doit prendre garde de ne pas tomber dans le faux culte qui est une dérive et peut le mener vers le mal radical.   

 

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