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Le Démocrate Idéaliste Rebelle[s]

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Actualité, Débat, Reconstruction Politique, Philosophie, Ethnologie, Economie, Handicap et Divers c'est le programme que vous aborderez chaque jour en suivant le blog ! Je suis à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin" et participe à la rédaction de Rebelle[s], magazine bimestriel national. Je souhaite faire de ce blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions politiques, ainsi que publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Une façon de reprendre notre destin en main pour un auteur idéaliste qui voit le monde se plaire dans le désenchantement du monde.


Les techniques du corps de Marcel Mauss

Publié par De Bona Stéphane sur 13 Février 2015, 21:26pm

Catégories : #Ethnologie

Les techniques du corps de Marcel Mauss
Les techniques du corps de Marcel Mauss

Titre de l'ouvrage : Les techniques du corps in "Sociologie et Anthropologie", p.365 à 386

Nom de l'auteur : Marcel Mauss

Date de première parution : Journal de Psychologie, 1936

Édition utilisée : 8ème édition Quadrige/PUF, 1999

Date de lecture : Mai 2003

 

Biographie

 

Marcel Mauss naît à Épinal en 1872, au sein d'une famille de rabbins. Après ses études secondaires, il se rend à Bordeaux où enseigne son oncle, le sociologue Émile Durkheim, pour y suivre les cours de philosophie. Bien que reçu à l'agrégation en 1893, le jeune diplômé refuse un poste et vient s'installer à Paris pour étudier le sanskrit, les religions anciennes, la linguistique comparée et l'«indologie». Tout en voyageant à travers l'Europe, il s'initie à l'ethnologie religieuse alors en plein essor. Son premier texte paraît en 1896 dans la prestigieuse Revue de l'histoire des religions. Collaborateur de Durkheim, il se lie avec certains élèves de ce dernier, dont Henri Hubert et Robert Hertz, et contribue à la publication de la revue l'Année sociologique.

 

En 1901, il est nommé titulaire de la chaire d'histoire des religions des peuples non civilisés à l'École pratique des hautes études. Sa leçon inaugurale manifeste ouvertement sa perspective ethnographique. La connaissance des langues étrangères, une curiosité insatiable, le sens du détail et de l'analyse expliquent l'abondance et l'intérêt de ses comptes rendus de travaux ethnologiques. Mauss est engagé volontaire comme interprète pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il perd un grand nombre de ses collègues et amis. La paix revenue, il s'efforce en vain de relancer l'Année sociologique et travaille alors à assurer l'édition des œuvres posthumes de Durkheim, de Hertz et de Hubert. Grâce à sa participation active, ont pu être fondés l'Institut français de sociologie en 1924, puis l'Institut d'ethnologie en 1926, avec Lucien Lévy-Bruhl et Paul Rivet.

 

Malgré l'effacement de l'école sociologique, l'influence de Mauss, enseignant remarquable en ethnologie, s'accroît considérablement. Il est élu à une chaire de sociologie au Collège de France en 1931, et des notes de ses cours seront éditées ultérieurement par l'une de ses élèves, Denise Paulme, sous le titre Manuel d'ethnographie. Certains de ses textes décisifs datent de l'entre-deux-guerres, mais son dernier article connu fut écrit en 1941. Les lois raciales de 1940 le contraignent à une retraite intellectuelle qu'il vivra difficilement: il meurt, diminué et fatigué, le 10 février 1950, alors que paraît l'anthologie de ses études les plus significatives.

 

Introduction à l'œuvre de Marcel MAUSS

 

Le caractère dispersé de l'œuvre de Mauss ne tient pas tant à la prodigieuse diversité des thèmes abordés qu'à la forme sous laquelle elle se présente: les textes les plus longs font à peine 200 pages et ne constituent jamais un véritable ouvrage. En effet, les synthèses, très riches, restent néanmoins ponctuelles, et la marque du provisoire semble dominer: de nombreux articles sont présentés comme des essais, des fragments ou des esquisses. D'autre part, certains textes souffrent de leur origine orale. Enfin, la quantité des points de vue critiques exprimés dans les centaines de comptes rendus d'ouvrages ainsi que le recours fréquent à une écriture collective justifient les expressions de «mosaïque», de «jaillissement d'étincelles» ou encore de «broussailles», utilisées par certains commentateurs.

 

Mauss s'est toujours montré soucieux de préserver des relations étroites entre les différentes sciences sociales en définissant leur contenu et leurs frontières. Ainsi, la sociologie ne serait qu'une partie de l'anthropologie, elle-même conçue comme une science de l'homme, «être vivant, conscient et sociable». Mais cette discipline s'intègre à son tour dans un programme global d'approche des faits sociaux, dont les uns relèvent de la morphologie sociale (démographie, géographie) et les autres de la physiologie sociale (les pratiques et institutions particulières). La sociologie générale, quant à elle, s'intéresse plutôt aux phénomènes généraux et notamment aux représentations. C'est ici qu'elle rencontre la psychologie collective.

 

L'ethnologie n'est finalement qu'une branche de la sociologie, car elle s'attache aux cultures où apparaissent le plus clairement les caractères fondamentaux de toute société. C'est une approche à la fois comparative et syncrétique, car Mauss y insère une riche documentation d'origine historique (sur l'Antiquité) et orientaliste (sur les civilisations indiennes). Bien que chercheur de cabinet et non de terrain, il donne, dans son Manuel d'ethnographie, sa conception de l'organisation interne et du programme de la discipline, à travers des instructions précises et fécondes.

 

Sociologie et anthropologie est un recueil de textes traitant de ce qu'on va appeler plus tard l'anthropologie culturelle. A travers plusieurs textes, il aborde les thèmes de la magie, du don ( échange dans les sociétés archaïques ), les rapports entre psychologie et sociologie, l'idée de mort, la notion d'identité ( la personne ), les techniques du corps et le concept de morphologie sociale.

 

Thème et problème traités

 

Dans cette partie du texte, l'auteur traite des techniques du corps et met en place des classifications à partir de nombreuses observations qui vont marquer l'ethnologie jusqu'à nos jours.

 

Chapitre I. Notion de technique du corps. 

 

A partir des différentes observations de mouvements du corps ( marche, course, nage, position des mains et attitude à table, etc... ), Mauss montre que ces attitudes peuvent être dictées par une éducation, une culture, une psychologie qui diffèrent d'une population à l'autre. Il intitulera ces attitudes : les techniques du corps, jusque là enfermées dans les « divers » en ethnologie. Il fait apparaître, dans ce chapitre, la nécessité de traiter l'homme dans sa diversité de fonctions, c'est-à-dire comme une totalité de caractères le formant, ce qu'il conceptualisa par la théorie de l'homme total en faisant intervenir une triple considération : mécanique et physique, théorie anatomique et physiologique, et enfin psychologique et sociologique.

 

 Chapitre II. Principe de classification des techniques du corps.

 

Selon Mauss, les techniques du corps se divisent et varient par sexes et par âges.

 

1- Division des techniques du corps selon les sexes. Dans ce paragraphe, Mauss distingue différentes manières de se servir de ses membres supérieurs selon le sexe de l'individu : cela pourrait venir de l'instruction, mais aussi des caractères innés  des deux types de personne ( différenciation de l'inné et de l'acquis chez l'homme et chez la femme ).

 

2- Variation des techniques du corps avec les âges. A partir de la position accroupie, l'auteur nous fait entrevoir l'évolution de la physiologie du corps humain dans les positions que peuvent emprunter les individus durant leur enfance jusqu'à l'âge adulte et l'évolution des sociétés à travers les âges et les civilisations.

 

3- Classement des techniques du corps par rapport au rendement. L'homme a tenté de rendre plus efficace des gestes de technique corporelle en les faisant passer dans l'éducation, ce que Mauss appelle le dressage ou qu'on pourrait nommer différemment : mode de transmission. Cette méthode de transmission vise à rendre moins coûteux  à l'homme, l'élaboration d'un geste et accroître son efficacité, ce qui fait apparaître la notion de rentabilité du geste. Le rendement maximum est caractérisé par l'habileté de l'individu.

 

4- Transmission de la forme des techniques. Selon Mauss, l'enseignement des techniques peut être classé par rapport à la nature de l'éducation d'ordre culturel ou d'usages sociaux. Ainsi l'usage de la main gauche ou de la main droite peut être lié soit à un type de « dressage », soit à des croyances de type religieuses ( traditions imposées par la société ).Il est important d'étudier tous les modes de dressage, d'imitation et de mode de vie.

 

 Chapitre III. Énumération biographique des techniques du corps.

 

L'auteur établit une autre classification des techniques du corps à partir biographie évolutionniste de la vie humaine.

 

1- Technique de la naissance et de l'obstétrique. Mauss considère les différentes positions d'accouchement des femmes à travers les âges et les civilisations, de leurs soins et de ceux des nouveaux nés. D'autres questions sont soulevées comme le choix de l'enfant, le droit à la vie, etc... Mais, de tout temps la reconnaissance de l'enfant est un événement capital pour la société.

 

2- Technique de l'enfance. L'auteur aborde la question de la nourriture du nourrisson en insistant sur la façon de porter l'enfant et le contact qu'il peut avoir avec sa mère qui auront une influence sur son développement psychique. Ensuite, il évoque le sevrage et le mode de couchage suivant les sociétés ( pays à berceaux et sans berceaux ) puis les postures qui lui sont souvent imposées.

 

3- Technique de l'adolescence. L'éducation se fait différemment durant l'adolescence chez les filles et les garçons ( où l'on parle d'initiation ). Cependant, l'adolescence est un moment décisif pour la femme comme pour l'homme, pour acquérir les techniques du corps et sa place dans la société.

 

4- Technique de l'âge adulte. Il énumère les diverses positions et façons de dormir avec ou dans apport matériel ( sommeil debout, assis, avec banc, oreiller, etc... ). Les techniques du repos varient suivant les civilisations. Il peut s'effectuer dans toutes les positions ( assis, couché, debout, accroupi ou en position d'échassier dans certaines parties d'Afrique ) et se pratiquer à tout moment de la journée ( repas, conversations, etc... ). Par opposition, il existe des techniques du mouvement : la marche, la course, la danse spécifique suivant les civilisations ( danse différente et distante pour les hommes et les femmes en opposition à la danse enlacée qui est un produit de la civilisation moderne européenne ), le saut dont les techniques ont considérablement évolué et varient infiniment, le grimper et la descente, la nage et l'invention de nouveaux moyens de navigation, les mouvements de force qui englobent  les différentes techniques employées par les gymnastes, les athlètes, les acrobates, les prestidigitateurs, etc...  Mauss énumère également les techniques de soins du corps ( avec le savonnage qui apparaît sous diverses matières assez récemment ), de la bouche (avec l'éducation au crachat ), la façon de manger ( avec les doigts ou avec des couverts ), de boire ( utilité d'apprendre à boire à même la source, etc... ). Enfin, il relate les techniques de la reproduction qui ne sont autres que les positions sexuelles, qui varient selon les peuplades et également en rapport étroit avec la morale.

 

 Chapitre IV. Considérations générales.

 

Après les nombreuses énumérations des techniques, Mauss nous montre que ces séries d'actes constituent des paradigmes formés sur des critères physio-psycho-sociologiques. Toutes ces séries d'actes ont un but sociologique : elles sont destinées à faciliter la vie en communauté. Puisque ce sont des mouvements du corps, cela fait intervenir le caractère biologique, physiologique et psychologique de l'être humain. L'auteur entrevoit ce que vont être les questions de la psychologie moderne, à savoir l'adaptation du corps à son environnement et à l'usage qu'il a à en faire ( ergonomie ). D'autre part, l'éducation a une part primordiale à l'adaptation psychique du corps. Enfin, dans un dernier paragraphe, il décrit l'influence de l'esprit lié aux pratiques corporelles ( Taoïsme, yoga, réflexothérapie ), pratiques qui sont déjà anciennes en Asie et en Inde et qui mériteraient d'être exploitées dans les sociétés occidentales.   

                                                                                     

  Les concepts clefs  

 

- Habitus : cette notion désigne les dispositions psychiques qui peuvent être influencées par exemple par l'éducation, mais qui ne sont ni inconscientes, ni soustraites à l'action de la volonté, ni déterminées de manière exclusivement sociale, ni à fortiori déterminées par la seule position dans le système de stratification sociale; de plus ces dispositions ne déterminent nullement de manière mécanique ni les représentations ni les actions du sujet. Il faut les concevoir plutôt comme des cadres ou des guides, dont le sujet peut se détacher avec plus ou moins d'aisance.

 

- Technique : c'est une action socialisée sur la matière, mettant en jeu les lois du monde physique. Une technique met toujours en jeu quatre éléments : une matière sur laquelle elle agit; des objets; des gestes ou des sources d'énergie qui mettent en mouvement ces objets; des représentations particulières qui sous-tendent les gestes techniques. Dans le cas des techniques du corps, le corps est à la fois le moyen d'agir et une partie de la matière sur laquelle on agit. Ces quatre éléments forment toujours système : toute modification de l'un entraîne des modifications des trois autres.

 

 - Techniques du corps :  «j'entends  par ce mot les façons dont les hommes, sociétés par sociétés, d'une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps. » Ainsi s'exprimait Mauss ( 1935 ) dans un plaidoyer pour l'étude de la gestualité humaine. Domaine de l'implicite par excellence, le geste échappe à la description verbale et reste souvent le grand oublié de la littérature ethnographique. Bien que fortement contrainte par des facteurs d'ordre anatomiques et physiologiques, l'activité posturale et motrice offre une grande diversité culturelle. Une analyse fonctionnelle des techniques du corps fait apparaître quatre grands domaines où s'articulent à des degrés divers le culturel et le biologique :

 

1 - l'activité corporelle liée directement aux grandes fonction biologiques

 

2 - le mouvement technique, couplage geste outil

 

3 - l'activité gestuelle ayant fonction de communication, qu'elle soit ou non directement liée à la parole

 

4 - les mouvements « institutionnalisés » : on regroupe sous cet intitulé les mouvements liés aux rituels, à la danse, aux jeux et au sport.

 

- Transmission : cette dernière n'est que la dimension active de la communication en général, dont le processus fonde la continuité de la vie sociale d'une communauté grâce à l'apprentissage ( éducation orale ou écrite ).      

 

Intérêt du texte

 

Ce texte ouvre un champ encore, à l'époque, inexploré en ethnologie ( à savoir les relations entre la gestuelle et la culture ). De nos jours, l'étude des représentations du corps dans diverses sociétés est largement prise en compte afin de connaître les us et coutumes de peuplades reculées ( encore très mal connues ). De plus, dans nos sociétés occidentales le corps a pris une place importante dans l'identité de l'individu. Le marquage du corps ( tatouages, piercings ) sont une valorisation de soi et également souvent une marque d'appartenance et d'esthétisation  du corps. Pourtant, ces signes  se réfèrent à des pratiques anciennes.

 

- En se référant à la citation de Michel Foucault : « faire de sa vie une oeuvre d'art », on peut se demander si l'homme d'aujourd'hui ne la détourne pas en disant qu'il fait de son corps une oeuvre d'art.

 

- Aujourd'hui, n'a-t-on pas fait du corps et des techniques du corps des objets de culte ( avec la chirurgie esthétique, le culturisme, etc... ) et n'avons nous pas perdu les éléments qui font les caractéristiques culturelles de celui-ci ?

 

- L'importance du corps dans nos sociétés ne traduit-il pas la recherche de nouveaux repères dans un monde en manque de stabilité et  en pleine mutation, ces pratiques d'esthétisation du corps n'étant pas liées à l'âge, au sexe et au catégories socio-professionnelles ?

 

- Passage du texte définissant la notion de technique selon Mauss

 

Nous avons fait, et j'ai fait pendant plusieurs années l'erreur fondamentale de ne considérer qu'il y a technique que quand il y a instrument. Il fallait revenir à des notions anciennes, aux données platoniciennes sur la technique, comme Platon parlait d'une technique de la musique et en particulier de la danse, et étendre cette notion.

 

J'appelle technique un acte traditionnel efficace (et vous voyez qu'en ceci il n'est pas différent de l'acte magique, religieux, symbolique). Il faut qu'il soit traditionnel et efficace. Il n'y a pas de technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition. C'est en quoi l'homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses techniques et très probablement par leur transmission orale.

Alain Caillé : Sur le don et le M.A.U.S.S.

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